10 semaines de coopération internationale au pays des hommes intègres. 10 filles prêtes pour l'aventure.
70 jours d'anecdotes, de récits, d'apprentissages et d'échanges. 70 angoisses, 70 bonheurs.
2 mois et demi de dépaysement. 2 peuples, 2 cultures.
Et un rêve qui éclot au fond de mon coeur...


mardi 5 avril 2011

Saame - C'est fini.

Desolee pour les accents.

"C'est deja arrive."


On quitte le pays des hommes integres. Les larmes ont coule beaucoup. Pas assez, a vrai dire.


Je croyais que les pleurs etaient la partie la plus dure a supporter lors des departs, mais ca bloquait. Il y a pire que les larmes. Les yeux tristes et pleins de silence d'un burkinabe. La nostalgie au bord des levres et les souvenirs en conserve. Ouh la la. J'ai l'coeur gros comme le monde.


C'est dur de partir. J'ai mal en-dedans d'avoir aime trop fort et pas assez longtemps. D'avoir aime des gens outre-mer. J'ai l'coeur gros comme le monde, eparpille sur deux continents.


Il y a Kassoum, Alice, Marcelin, papa et maman Kabre qui me tapissent l'esprit. Ca va me manquer. Je n'ose meme pas y penser. Je sens deja venir l'ennui me fracasser les tempes comme un dix-roues d'anecdotes.


J'ai l'coeur gros comme le monde, eparpille sur deux continents, pret a s'etendre encore plus loin, a saigner encore plus fort.


On repart ou, on repart quand, maintenant ?

mercredi 23 mars 2011

Page blanche.

Je cherche les mots, mais y'a rien qui sort.

C'est comme si j'étais imbibée du Burkina, comme si la vie africaine s'était sournoisement imprégnée en moi.

Je voudrais écrire des pages, des romans complets. Je voudrais vous dessiner dans le sable rouge pour que vous voyiez le monde comme je le vois maintenant.

Les phrases sont fades.

Le Burkina se vit, se sent. Le Burkina colore et teinte mon âme, désormais.

Je n'ai pas envie d'écrire.

Je vis. Ca s'arrête là.

*** Anecdotes ***

J'ai tué une salamandre.

Involontairement, certes, mais le résultat reste le même : un cadavre écrapou dans ma poubelle.

Je l'ai écrabouillée dans la penture de ma porte. Mon père était fier de moi: "Bravo ma fille, c'est bien!"

Deux mots : choc culturel.

***

Ce week-end, je fais de la pâte d'arachides avec Alice. Appelez-moi Skippy.

***

jeudi 17 mars 2011

Des bribes burkinabè

Etat d'âme
Plus que 20 jours.

J'ai hâte de manger du fromage en grains, d'aller danser au Vox, de revoir les amis et la famille. J'ai hâte d'avoir froid.

Mais j'ai tout sauf hâte de quitter mon Burkina Faso. De dire adieu à ceux qui sont rapidement devenus ma famille africaine. De pleurer. D'être triste, ce sentiment que j'ai carrément oublié depuis deux mois.

C'est beau et cruel à la fois, être chez-soi des deux côtés de l'océan.


Nazinga

La fin de semaine dernière, nous nous sommes rendues au parc de Nazinga pour faire un safari. Un VRAI safari.

Dix filles assises sur le top d'une camionnette, on a traversé le parc et sa route en dents de scie. Malgré nos coccyx en colère dus à la relation bosses-position assise-barres de fer sur le toit, l'émerveillement et la fébrilité nous illuminaient le visage. On a vu des phacochères, des antilopes, des singes, des babouins et, évidemment, des éléphants.

Les éléphants. Grosses roches grises mouvantes qui nous attendrissent au loin. Des masses sympathiques, des trompes coquines, des grandes oreilles qui s'ouvrent et se ferment avec grâce. Des Babar tout gentils. Des bêtes de cirque amusantes.

Je me trompais.

Les éléphants. Animaux sauvages qui protègent leur territoire. Des masses solides, des trompes alertes, des grandes oreilles qui s'ouvrent en guise de signal pour avertir qu'ils vont nous charger bientôt. Et ils ont chargé.

Heureusement, notre guide connaissait leur comportement et a bien averti le chauffeur d'accélérer pour dépasser la famille de pachydermes en furie. Les bêtes nous ont regardé, ont ouvert leurs oreilles et ont barri fort, si fort que mon tympan a vibré jusque dans mes orteils. Ils se sont mis à avancer devant la camionnette qui avançait de plus en plus vite. Ils étaient là, à presqu'un mètre de nous, leurs grosses pattes silencieuses foulant le sable, prêtes à nous faire basculer.

Dans mon grand esprit mélo-dramatique, j'ai cru frôlé la mort. J'ai senti son souffle sur ma nuque. Je me voyais périr en plein safari, et tout ce que le guide a dit, c'était : "Faites attention à vos appareils photos. Si les éléphants chargent, ils ne tiendront pas le coup." Les filles prenaient la scène en photos ou en vidéos pendant que je répétais, la tête en forme de peur (si la peur avait une forme, c'était bel et bien mon visage à ce moment précis, croyez-moi!), "j'ai pas d'fun là, j'ai vraiment pas d'fun!"

J'allais célébrer l'extrême-onction dans mon for intérieur, mais les fous rires et les exclamations des copines m'ont ramené à la vie.

Je vivais l'un des plus beaux moments de ma vie. J'ai vu des éléphants. Les vrais là, les animaux sauvages.


La bouffe

Je me suis habituée à la nourriture d'ici. Même que j'engraisse, je crois. J'ai hâte de goûter mon riz-sauce, je dévore mes pommes de terre dans la sauce tomate, je déguste mes haricots verts et les cubes de mouton. Mon pain le matin est un délice, surtout lorsqu'Alice me ramène de la pâte d'arachides pour me faire plaisir. Je bois environ 5 litres d'eau par jour, que mon corps expulse en sueurs à 90%.

Ca goûte bon, l'Afrique.


Les discussions familiales

Mes parents sont parfaits. Hier, j'ai parlé de sorcellerie avec papa, de football avec Marcelin, de cuisine et de musique avec Alice, de beurre de karité et d'ethnies avec maman. Modeste, le fils des Kabre, est en visite à la maison. Il me pose tout plein de question sur le Canada et se plaît à répondre aux miennes sur le Burkina. On a parlé des différentes saisons, du français, du système scolaire, de la construction des bâtiments, etc.

Bref, on jase en masse.


Le stage

Le stage se déroule bien. J'ai enregistré une émission de radio mardi et l'ai écoutée en famille le soir même. Maman m'a dit que c'était très bien, que j'avais l'air habituée aux entrevues. Dimitri, le dude de la radio, était satisfait du résultat et a même suggéré à mq coéquipière et moi de devenir journalistes. On a ri toutes les deux, sachant que ce n'était pas notre destinée, surtout avec ce qui se passe dans l'monde, on va s'calmer l'micro. Pour en revenir à l'émission, c'était une expérience géniale. J'ai hâte de vous raconter ça en détails, petites anecdotes en bonus.

La semaine prochaine, le théâtre-forum débute. On fera 7 représentations. J'ai un mini-rôle en mooré. Je vais apprendre les répliques dimanche en pratiquant avec la troupe. Ca se concrétise enfin, nos activités! Hourraaaa!

Cette semaine, c'est la journée de la salubrité. On invite les gens à ramasser les sachets (sacs de plastique) qui traînent sur le sol. Demain, on fait une pesée générale pour savoir qui en a ramassé le plus. Il y aura une cérémonie pour nommer les gagnants et leur distribuer leurs cadeaux le 30 mars.

Désolée du résumé et du manque de détails.


Le Québec

En arrivant, au cours de la semaine, j'exige :
  • du fromage en grains qui fait scouik scouik
  • du Tropicana
  • des céréales Yog Active
  • un roastbeef saignant
  • de la salade
  • un sandwich moutarde-tomates
  • des tostitos avec de la salsa
  • de l'amour, de l'affection et des câlins
  • des amis qui prennent de mes nouvelles
  • de la compréhension si je sais pas quoi répondre à la question : "Pis, ton voyage?"
  • une sortie au Vox avec les copains

A dans trois semaines!

Je vous aime!

jeudi 10 mars 2011

Le temps (Cet article est quétaine, vous serez avertis!)

"La vie c'est court, mais c'est long des p'tits boutes."

L'Afrique m'apprend beaucoup.

Le plus bel apprentissage que je fais est par rapport à une notion toute occidentale : le temps.

J'y pense et mon visage devient cascades tellement ce constat m'émeut.

Nous avons le temps. "Avoir" comme dans posséder. Nous sommes maîtres du temps. La différence est grande entre être son esclave ou savoir obéir.

Les minutes coulent entre mes doigts. Les jours glissent contre mes paumes. Il n'en tient qu'à moi de fermer le poing. D'agripper le moment ou de le laisser fuir. De développer les bons réflexes aux bons moments.

Attendre. Courir. C'est selon.

Je réalise qu'attendre est aussi efficace que courir. On s'essouffle moins. Le mieux, c'est de se lever au moment idéal et n'avoir qu'à marcher. C'est ce que m'apprend l'Afrique.

Je relis mon constat et ça me semble si facile. C'est un travail de longue haleine, pourtant, savoir attendre. Sans regarder l'heure, je veux dire. Attendre pour vrai. Attendre sereinement.

Attendre, c'est posséder le temps. C'est le laisser venir à soi.

***

Mais attendez-moi pas trop là, j'arrive bientôt !

vendredi 4 mars 2011

Touche d'humour

C'est avec aplomb et une coiffure particulièrement hippie que je vous écris.

Il reste un mois jour pour jour à mon périple. J'ai hâte de vous retrouver, mais je dois avouer que je redoute les adieux avec mon beau Burkina. J'apprends, je vis et je respire, ici, sous le ciel d'Afrique.

Sur une note plus ludique, je vous ai concocté un bel article sur l'intégration en Afrique. Ce sont des faits basés sur de véritables anecdotes qui font de notre un stage une expérience inoubliable. J'ignore si vous avez déjà lu le magazine Safarir, mais je me suis inspirée d'une de leurs chroniques.

Bonne lecture!

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu t'épates de voir des gens accrochés derrière les camionnettes.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu rigoles de voir un homme caché dans la soute à bagages d'un autobus pour se rendre à destination.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu fais toi-même deux heures de routes dans une camionnette 15 passagers... avec 30 passagers.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu goûtes au tô (plat typique à base de maïs) avec ta fourchette.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu manges le tô avec tes mains.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu déjeunes avec le tô.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu découvres les différents riz-sauce.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu manges ton riz sans la sauce pour le bien de ton estomac.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu sais reconnaître les différentes sauces et tu sais laquelle tu préfères.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu es heureuse de te promener à vélo en admirant le paysage.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... ta chaîne de vélo casse, tu tombes dans le fossé ou ta jupe reste prise dans la chaîne.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu sais que ton mécano s'appelle Pierre.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu t'achètes des Pringles BBQ au marché d'alimentation générale.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu t'achètes des arachides grillées, des mangues et des oranges les jours de marché.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu sais pas le nom de ce que tu achètes, mais ça goûte bon.

Tu apprivoises l'Afrique quand... t'as peur d'aller au trou la nuit.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu fais la rencontre d'une chauve-souris au trou la nuit.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu es contente pour Moumoute, la dite chauve-souris que tu as baptisée, parce qu'elle s'est fait un copain chauve-souris dans le trou.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu écoutes les feuilletons "L'histoire d'une vie" et "La longue attente".
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu racontes le dernier épisode aux autres stagiaires qui ont manqué l'émission.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu écoutes les rediffusions avec ta famille en disant les répliques par-dessus les personnages.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu écoutes "Des mots et des maths", l'équivalent de "Des chiffres et des lettres".
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu trouves des mots de plus de 5 lettres, tout en commentant la coiffure de l'animatrice.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu crois reconnaître l'animatrice de l'émission dans les rues de Ouaga.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te réveilles à 5h du matin à cause du coq.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu te réveilles juste avant 5h pour réveiller le coq par pure vengeance.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu te réveilles à 5h du matin parce que tu digères mal le coq que tu as mangé pour souper.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu arrêtes ton vélo pour laisser traverser les chèvres dans la rue.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu klaxonnes et te déplaces vers la droite pour éviter les chèvres.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu cries "Salut biquettes!" sans te préoccuper des chèvres puisque tu sais qu'elles vont se tasser de ton chemin.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu éponges avec classe ton front en sueur.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu sues du pli de coude, du pli de genou et tes pantalons sont trempes lorsque tu te lèves après avoir été longtemps assise.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu songes à t'ouvrir une usine de production de sébum avec ton visage.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu sais dire "Nei zaabre" et "Laafi".
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu réponds "Zakramba, laafi beeme, la gnamba?" aux gens sur la rue.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu pars suivre un cours de mooré le samedi matin.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te fais appeler "nassara".
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu te fais appeler "la blanche".
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu te fais appeler par ton nom burkinabé.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu appelles tes parents Monsieur et madame.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu dis papa, maman, et tes parents t'appellent leur fille.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu es invitée à un party de famille le samedi soir.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu ris en écoutant une émission indienne genre Bollywood.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu vas te louer un film Bollywood.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu connais les danses du film par coeur.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu bois du Nestea au déjeuner.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... Kassoum nous prépare le thé en après-midi.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu t'achètes des théières pour apprendre la cérémonie du thé.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu écoutes la télé tranquille avec tes frères et soeurs.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu joues aux cartes avec eux.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu gagnes ta troisième partie de "waré" avec eux.

Tu apprivoises l'Afrique quand... ta soeur te joue dans les cheveux.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... la coiffeuse te tresse la tête.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... les passants t'arrêtent pour te dire que tes nattes sont jolies.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te rends compte que tout le monde ou presque a un cellulaire.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... ta famille d'accueil te donne un cellulaire.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu vas t'acheter des unités airtel au marché en causant avec le gars des cellulaires.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu t'achètes des pagnes.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu fais coudre tes pagnes.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... ton père te dit que ton nouvel habit est "bien moulé".

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te mets de la crème solaire 70 par précaution.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu te beurres le corps de pommade de karité.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... "Watkins" est ton nouveau parfum de soirée.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu restes bouche bée devant les enfants qui te serrent la main.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu t'approches toi-même des enfants parce que tu sais qu'ils vont venir te voir de toute façon.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu les appelles affectueusement "ti-coune", "ti-loup" ou "tout p'tit" en leur serrant la main.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te perds dans le marché.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu découvres les différents chemins possibles pour rentrer à la maison.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu connais les raccourcis et les endroits où tu préfères circuler.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu sors danser à la discothèque du coin, le Majesty, avec ton frère ou ta sœur.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... les Mangalais te disent qu'ils t'ont vue danser au Majesty.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu connais l'enchaînement des chansons du DJ par coeur (Waka Waka suivi de Wavin' Flag, évidemment!).

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu fais la tournée des autorités, dont la police municipale.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... la police veut embarquer sur ton guidon de vélo pour une petite ride
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu sais que la police porte des sous-vêtements de Mickey Mouse assortis avec ses bas.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu regardes les enfants danser avec émerveillement.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu danses avec les enfants pour rigoler.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu fais un concours de danse devant 300 burkinabè.

Tu apprivoises l'Afrique quand... prendre ta douche est une expérience.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... prendre ta douche est une nécessité.
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... prendre ta douche est une jouissance.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te fais avoir en payant tes pagnes trop chers.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu t'obstines pour ne pas payer un prix "nassara".
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... ta famille d'accueil te dit que tu as eu un bon prix grâce à tes négociations.

Tu apprivoises l'Afrique quand... tu te fais dire "je t'aime" par des inconnus.
Tu t'habitues à l'Afrique quand... tu réponds "non' à la question "Est-ce que je peux te faire la cour?".
Tu es bien intégrée à l'Afrique quand... tu sais refuser avec humour les demandes en mariage.

***

C'est ça qui est ça.

Sinon, je vais bien, très bien. J'écris beaucoup dans mon journal pour me rappeler de toutes les anecdotes. J'ai hâte de tout vous raconter à mon retour. Ma promesse tient toujours: un article par jour de stage.

Nindaré !

Kawara xox

jeudi 24 février 2011

On stresse pas, on s'tresse.

Bon jeudi !

J'espère que tout se passe bien dans la chambre froide que doit être le Québec. De mon côté, je vais bien, très bien, extrêmement bien. C'est déjà la mi-stage à Ouagadougou en fin de semaine. Surprenant comme les jours s'écoulent, s'écroulent sous les découvertes.

Aujourd'hui, pas de philosophie, pas d'anecdotes d'homme armé ni de sacrifices d'animaux. Seulement des nouvelles de ma petite personne, de mon chez-moi burkinabé et du stage en général.

L'adaptation se fait merveilleusement bien. L'évolution suit un cours normal, entrecoupé de minis chocs culturels et d'estomacs ébranlés. Mais le moral est bon, étampé dans nos sourires béats. La routine est installée depuis un petit bout déjà. Le trou, la douche, le riz sauce, le coq à 5h du matin, la chaleur, le mooré, les salutations qui n'en finissent plus, la poussière, les demandes en mariage, le lavage à la main, on a su apprivoiser la plupart des mœurs africaines. On a encore du chemin à faire, des kilomètres à transpirer, mais je dois avouer que nous nous débrouillons comme des grandes.

Ma famille burkinabé est aussi géniale que ce que j'avais imaginé. Mon père bedonnant est un heureux mélange entre mon vrai papa et mon oncle C. (je tairai son nom, puisque je n'ai pas son autorisation pour publier ceci). Il écoute le football (soccer) en pestant contre les mauvais coups de ballon. Les matchs de foot, c'est l'équivalent du hockey au Québec. En mieux, en fait, pour la simple et unique raison que je n'aime pas le hockey. Je deviens par contre une addict du soccer. Faut dire que les joueurs sont pas choquants pour les yeux... Mais c'est le jeu qui m'intéresse, je le jure. Je m'éloigne. Mon père, je disais. Il a 66 ans, retraité, en forme, sociable à l'excès. Il aime bien "boire la bière" pour se détendre. J'adore quand, de sa voix forte et grave, il appelle "Ma fille, tu vas goûter?", en me tendant un plat de tô bouilli. "Oui papa, je vais goûter. Mais pas manger beaucoup, mon ventre de nassara est fragile."

Ma mère est typiquement africaine, habillée de pagnes colorés, réconfortante, discrète. Sous ses allures timides, elle est d'affaires et obstinée. Elle est la définition même du Burkina: intégrité et respect. Elle me souhaite "Bonne arrivée!" dès que j'entre dans la cour et répond gentiment à toutes mes questions. Elle m'a conseillé son couturier, le meilleur de Manga, et une coiffeuse extraordinaire.

Parenthèse pour le couturier. J'ai fait coudre mes pagnes en habits traditionnels, hourra! Fin de la parenthèse.

Outre les parents, Marcelin a en fin de compte beaucoup d'initiative. Il m'a accompagnée au Majesty une fois et il a dansé longtemps. Depuis, il me pose des questions sur ce qu'il voit dans ses cours, il m'explique le football, il écoute Pokémon avec moi le midi. (Bin oui, j'écoute Pokémon en Afrique. Où s'en va la télévision?)

Alice est une perle rare. Travaillante, souriante, douce, affectueuse, elle a une personnalité adorable. Elle a du caractère aussi, ne vous méprenez pas. Quand je vais au marché avec elle, elle me défend en mooré contre "les idiots qui devraient manger leur bouche au lieu de parler". Elle est magnifique, belle comme ça s'écrit pas. Je l'admire énormément. Jamais je n'arriverais à faire son travail en demeurant aussi charmante, égayante. Alice est une perle rare, une petite sœur dont j'ai envie de prendre soin.

Finalement, il y a mon chien Patience. Il me suit quand je sors pour faire son territoire sur toutes les pousses du quartier. S'il croise un autre chien, il gronde avec arrogance entre mes jambes ou attaque carrément son adversaire. Et moi je panique, haha.

C'est à peu près ça pour la famille, bien que grossier.

Le travail se déroule bien aussi. Nos activités sont planifiées et débuteront le 3 mars pour se terminer le 30. On fera du théâtre forum, des causeries (ou focus group), une émission de radio, des tournées scolaires, une journée porte ouverte ainsi qu'une journée de la salubrité. Au fait, ceux qui ne sont pas au courant, le stage est en environnement et consiste à sensibiliser les Mangalais sur l'importance d'un environnement sain. Précisément, nous avons décidé d'axer notre campagne sur la diminution de "sachets", c'est-à-dire les sacs de plastique. Nous essayerons de conscientiser la communauté sur l'utilisation responsable de ceux-ci, soit par la récupération, la gestion de déchets ou l'utilisation de sacs réutilisables pour faire le marché. On a du pain sur la planche!

Kassoum, l'homologue de notre accompagnatrice, donc notre accompagnateur burkinabé, est un délice. Il s'est auto-baptisé "Kassoum Tremblay" et fait semblant de venir du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une chance qu'on l'a, notre Kassoum.

Ma santé est bonne. Aucun problème de digestion, de sommeil, de nausées ou quoi que ce soit. Outre des crampes dues à mes pilules de "planification familiale", comme on dit ici, tout est top shape! J'ai donc arrêté mes pilules. Depuis, mon corps et moi, on s'aime au boutte!

Ah oui, un fait important à vous mentionner! Nous avons décidé de ne plus travailler en soirée (de 15h à 17h30). A la place, on vit le Burkina. On visite, on chille, on s'invite l'une chez l'autre, on joue, on se loue des films Bollywood, on cuisine, etc. C'était sans aucun doute la meilleure idée qu'on a eue. Depuis, j'ai l'impression de m'être approprié Manga. Je me rends au marché toute seule, je salue les gens en vélo. Je suis ici chez moi. Je me sens libre et bien.

Voilà pour les nouvelles globales. Sinon, je vous annonce que j'ai gagné un bon 5 livres en cheveux hier. Je me suis fait tressée chez la filleule de maman. Mes nattes ressemblent exactement à ça: http://bit.ly/hToDiJ

Je vous raconterai à mon retour mon expérience de tressage. C'est un de mes plus beaux moments jusqu'à maintenant.

Une petite pensée pour vous, mais pas trop forte... je vis l'Afrique et j'en profite, quand même!

Kawara xox

jeudi 17 février 2011

Minorité visible.

Salut les troupes!

J'ai pensé à vous lundi dernier quand les écoles du Québec fermaient à cause des tempêtes de neige. Ici, on se chauffe la couenne en masse. Mais comme on se crème avec de la 70 pour éviter de cramer, mon teint de nassara demeure blanc comme neige.

C'est particulier de circuler dans les rues de Manga en tant qu'attraction. J'avais jamais remarqué à quel point j'étais blanche. Pas beige, ni olive, ni même légèrement basanée. Je suis blanche et occidentale, industrialisée jusque sous les ongles.

Blanche sur fond noir. On flashe presque sous les néons du Majesty, la discothèque du coin.

Blanche et blanche encore.

Et les gens nous le crient, comme si c'était pas assez visible. Au même titre que la dame de la cafétéria du Juvénat disait "fille, 2 napkins." Parce que cette femme possède la même perspicacité que tous ces gentils Noirs.

Je suis une fille, oui. Blanche par-dessus le marché.

J'admire les burkinabés pour cette franchise, cette vérité loin du politically correct. Les personnes âgées sont appelées vieux. Nous sommes affectueusement appelées blanches. Un chien est appelé un chien. Mieux encore, un chien vit comme un chien. Il mange les os des poulets, il ne se fera jamais toiletter ou bien habiller. Les vautours sont surnommés charognards parce que, bon sang, ce sont des charognards.

C'est une des choses que je retiens de l'Afrique. C'est un détail futile, je sais, mais j'aime qu'on nomme les choses comme elles sont.

Je réalise que les vrais mots font peur.

On entend parfois dire ici que les blancs sont riches. Pfff! Et on s'insurge, et on s'ulcère, et on s'exprime l'indignation en tant que bons étudiants qui mangent du kraft dinner. On explique notre propre réalité, le fait que ce stage nous a toutes coûté un montant fort considérable et qu'on a travaillé dur pour amasser cette somme.

Et pourtant. Tout est relatif dans ce monde. Les blancs sont riches. C'est vrai. Pas tous, mais quand même...

Au Québec, on urine dans l'eau potable, c'est tout dire. On possède une régie des matières résiduelles qui gère nos déchets. On a la possibilité de s'acheter des plats surgelés déjà préparés. On a l'assurance-maladie et un système d'éducation accessible à tous.

Je réalise mal la chance que j'ai, décidément.

Je suis riche sur énormément d'aspects, il faut me l'avouer. Je suis occidentale et gâtée par la vie. Dur constat qui ne s'arrête pas là.

C'est dans la facilité et le confort que l'âme s'amollit, que les rêves se paralysent, que la beauté perd son charme.

Je réalise peut-être mal la chance que j'ai, mais je réalise aussi qu'il n'en tient qu'à moi pour aller au-delà de cette chance. Pour me définir autrement. Pour être plus qu'une femme blanche occidentalisée.

***

Eh bien, ma caboche se sentait philosophe. Ce doit être l'université qui m'appelle au loin.

Appel à tous, j'étudie en quoi l'an prochain?

Les copines m'ont dit qu'elles me voyaient en journalisme ou en communications.

Parce que là, c'est bin beau grandir de l'intérieur et me faire aller l'épanouissement personnel, mais j'ai des études à reprendre bientôt.

Je pense à vous!

Kawara

P.S. J'exige un sac de fromage en grains et un verre de jus Tropicana à mon retour.

lundi 14 février 2011

Bonne Saint-Valentin !

J'écoute le iPod de la belle Manue en tapant fort sur le clavier du Cyber.

"Please tell my brother" d'Ariane Moffatt cogne dans mon crâne. Un bon goût d'Occident en ce 14 février solitaire. Les visages se bousculent dans mon esprit. J'aurais tant à vous partager. Je vous traîne au creux de ma paume, m'efforce de tout me rappeler pour vous raconter, pour vous faire vivre le Burkina à travers moi.

L'Afrique se dessine peu à peu dans mes veines. Les anecdotes s'amoncellent, la confiance se décuple.

J'ai l'impression d'être quelqu'un. De bien, même. Merci la vie.

Bon, assez parlé de moi. Samedi, on a joué les touristes! Je vais faire ça bref, le temps est compté.

Lever à 5h. Une souris me marche sur les pieds. Coquine, va. Les margouillats parcourent le plafond, l'air est frais. Vers 6h, on se rejoint toutes, direction le Pic du Naouri. La route, un espèce de terreau rouge tout de bosses vêtu, passe vite, trop vite, sous les baobabs. On freine sec et souvent. C'est que, voyez-vous, les traverses de chèvres, de pintades, de cochons et de boeufs font légion ici. Sans parler des cyclistes et des piétons que le véhicule semble presque frôler. Je me tiens serrée sur mon siège et ravale mes principes de courtoisie routière, enfile mes écouteurs et profite du paysage africain. Je papote avec Emilie quand tout à coup, le chauffeur entreprend d'embarquer un pouceux... Je m'étire le cou pour voir ce qui se passe et aperçoit un militaire, tout de mitraillette vêtu, prendre place au premier banc.

Bin coudonc. Je ravale mes principes de non-violence, lui souris chaleureusement. "On est bien protégés maintenant!", nous lance Kassoum, notre accompagnateur burkinabé. On rit. La vie est belle. Même avec une mitraillette, on dirait bien.

On le débarque à un endroit "x" et continue la route. On arrive enfin au Naouri. Evidemment, avant d'entreprendre l'ascension du pic, il faut rencontrer le chef. On espère toutes recevoir un coq de sa part, une brebis au moins, mais il préfère la discrétion et nous demande 5000 francs pour un sacrifice. Cette somme lui permettra de sacrifier une bête quelconque afin de nous assurer une montée agréable et sans danger. Malheureusement, la cérémonie se fera sans nous. Dommage, j'aurais voulu jeter un oeil à tout ça.

***

Merde, mon temps achève déjà. La suite de l'histoire à mon retour seulement. J'ai décidé de vous concocter un article par jour de stage lorsque je serai au Québec. Z'êtes contents?

Sinon, ma Saint-Valentin est tranquille. Un petit garçon mignon me crie Nassara en me faisant des "babye". Et moi, je m'attendris le dedans, m'épanouis le coeur et me cultive le bonheur.

Ce soir, je regarde le ciel différemment. La lune forme un sourire. Les étoiles scintillent et rayonnent sur ma mine épuisée.

Je voulais un souper aux chandelles. Un tête-à-tête avec l'Afrique, c'est bien mieux!

Kawara (mon nom burkinabé qui signifie femme éveillée, femme vive et vivante)

jeudi 10 février 2011

Pèlerinage

Salut les copains hivernaux! Ici, on sue, on s'amuse et on savoure.

Je cherchais une idée d'article à vous écrire, mais il y a tellement de petites anecdotes ci et là que j'ai peine à trouver un thème qui les réunit toutes. J'hésite entre parler de la vie de groupe ou de la vie en famille, du stage comme tel, du travail ou des alentours.

Je sais que Manue en parle déjà dans son blogue, mais comment ne pas vous faire part du pèlerinage auquel nous avons toutes assité dimanche dernier. Voici, live from un cyber café tacheté d'internautes noirs et blancs, un bref aperçu de cet évènement dominical.

Je me suis rendue à Tempelra (colline blanche, le lieu de pèlerinage) en moto avec papa. Les cuisses bien enserrées autour du siège, je regarde les baobabs défiler sur la route, leurs branches immenses et leur écorce sage dans ce pays désertique. La poussière frappe sur mon casque, mes vêtements deviennent rouges peu à peu. Et le vent siffle fort. Il siffle la vie, il siffle la foi. Les chants religieux percent le matériau dur sur ma tête et pénètrent mes oreilles. Dieu est grand, au Burkina. Dieu chante fort. Dieu, c'est une mélodie fredonnée, une bouche qui sourit. Loin de moi l'idée de prendre position devant la religion ou quoique ce soit. Je décris, simplement, l'atmosphère qui régnait en ce jour sacré.

Arrivés à la colline blanche, les pèlerins abondent. Près de 5000 environ. Certains sont partis à 3h AM pour marcher jusqu'au site, d'autres ont fait la route de Pô. Un spectacle de pagnes ambulants, de couleurs enivrantes s'ouvre devant mes yeux de Nassara. Les regards se tournent vers moi souvent: nous avons ici un pouvoir d'attraction incroyable. Les croyants sourient. Les discussions vont bon train: Ca va? Et la famille? Et la santé? Oui oui, tout va bien. Laafi bala!

En cherchant une place pour nous asseoir, j'aperçois d'autres stagiaires au loin. Facile de les dénicher, les têtes blanches! Papa me permet de siéger avec elles pour le pèlerinage, m'assurant qu'il viendra me chercher avant de repartir.

La messe commence à 8h. Se termine à 13h. Tout le monde récite les bonnes paroles, jusqu'au petits enfants emmitouflés de leurs pagnes "Priez la Sainte Vierge." Un burkinabé un peu hipster (il avait des lunettes pas d'fond, c'était rigolo) se tient devant nous et nous observe du coin de l'oeil. Il rit de bon coeur à nous voir balbutier les chants mooré, nous trouvant nous-mêmes emportées par l'euphorie de cette fête. Au loin, j'apprivoise du regard une fillette d'environ 7 ans. Ses yeux s'illuminent lorsque j'ose finalement la saluer. Elle se cache le visage, rigole un peu, puis entreprend de me sourire à son tour. C'est mon coup de coeur, cette petite étoile dans la foule.

La messe est entraînante. Les chants et les danses s'alternent, le tout avec une musique de fond plutôt drôle. Bin oui, si mon frère avait été là, il aurait bien ri. L'orgue faisait des siennes entre les diverses tonalités. Mais la magie demeure malgré les feedback de micro et les fausses notes de l'orchestre.

J'en aurais pour si longtemps, mais mon heure sur l'ordinateur achève déjà. J'en ai tellement à dire sur ce pèlerinage. J'ai beau écrire, il m'est impossible de recréer ce sentiment de vie, de joie et ce lien si fort qui unissait tous les pèlerins.

J'ai versé des larmes silencieuses tout au long de la journée.

Ici, les gens se serrent la main en riant, en se souhaitant "Bonne fête!" après la célébration. Ici, les ethnies s'unissent et s'élèvent vers la reconnaissance en Dieu et en la vie.

Ici, les gens espèrent.

Chez nous aussi, mais différemment.

Ici, les gens espèrent ensemble.

Et le vent siffle la vie.

jeudi 3 février 2011

Nouvelles et volaille

Salut la gang!

D'abord, je tiens à vous dire que je n'ai pas pu aller voir mes e-mails ni mes messages facebook puisque Iternet n'a pas la même vitesse qu'au Canada.

Ne vous inquiétez pas pour moi: tout va bien au Burkina. Nous sommes arrivées à Manga depuis samedi. La ville est belle, les routes sont rouges et la poussière abonde dans mes iris. Heureusement, la chaleur et l'accueil des burkinabè suffisent à oublier le sable qui souffle sur ma peau de nassara (blanche en mooré).

C'est hallucinant à quel point les enfants et la population entièere est fascinée par l'arrivée de 10 Occidentales dans leur ville. Les jeunes nous suivent en courant, ils hurlent "nassara, nassara, nassara!", ils viennent nous serrer la main, leurs grands yeux curieux ouverts sur notre monde, sur le respect des différences. Décidément, ils ont beaucoup à nous apprendre, les p'tits noirots.

J'habite chez la famille Kabre. Ma maman africaine est une Gouroussi (une des ethnies du Burkina si j'ai bien compris). Elle peut sembler ti,ide à première vue, mais seule à seule, elle a de a jasette. Elle a déjà pris soin de m'entretenir sur les relations hommes-femmes! Hourra pour Maman burkinabé. Quant à mon père, c'est un bel homme ventru et amusant dont la bouche couronnée d'une divine moustache ne s'arrête pas. Il est propriétaire d'un maquis en plus (un bar). Il y a également Marcelin, mon frère de 17 ans. Il est en quatrième (secondaire 4), il se,ble studieux. Il est plutôt typiquement adolescent mâle, c'est-à-dire que ses réponses sont concises, mais il est de plus en plus réceptif à la discussion. J'ai hâte de l'apprivoiser et d'en savoir plus sur lui. Je devrais aller à la messe avec lui samedi soir. J'ai également une soeur, Alice. C'est la bonne à la maison et nous avons déjà pris l'habitude d'aller chercher le pain ensemble en soirée. Elle m'impressionne beaucoup avec sa force de caractère et son rire attachant. Je vais essayer de la sortir avec moi au Majesty (la discothèque) puisqu'elle aime danser et chanter. Finalement, j'ai un chien de 18 mois qui s'appelle Patience et quelques poules... Bin oui, je vaincs peu à peu ma peur des oiseaux.

Parlant d'oiseaux, c'est le thème de la journée pour mon blogue (lisez le titre, yo!). Fait intéressant, les routes sont parsemées de "charognards", soient des espèces de vautours qui picorent la nourriture. Ils n'attaquent pas les gens, mais je dois avouer qu'ils me font peur avec leurs becs acérés et leurs grosses plumes sales. Bon, je vais arrêter de faire ma nassara. Les vautours n'altèrent en rien la beauté de ce stage.

Pour en revenir au titre, je vous écris pour vous faire part d'une anecdote particulièrement savoureuse qui vient tout juste de se dérouler.

Nous étions en visite à Nobéré où se situe le siège de Weog La Viim, l'association avec laquelle on travaille. En passant sur la route, le chef du village nous a vues et tenait à rencontrer les nassara pour savoir ce qu'on allait faire dans son patelin. Nous nous retrouvons donc dans sa cour puor les salutations officielles qui étaient de mise et il nous apprend qu'il a une surprise pour nous. En guise de remerciement pour notre implication, il a offert au groupe de stagiaires... le plus jeune coq de son élevage. Eh oui, Anabelle s'est retrouvée avec un coq flamboyant, les deux pattes attachées pour ramener avec nous à Manga. Bien sûr, c'est un grand honneur que de recevoir un tel cadeau et nous en sommes très reconnaissants au village de Nobéré. Reste que le coq traîne dans la cour d'une stagiaire en attendant qu'on le déplume et le mange comme le veut la tradition.

En passant, la tradition veut aussi que ce soit la plus jeune du groupe qui tienne le coq dans ses mains... et c'est moi la plus jeune! Soyez fiers chers amis, une photo avec un poulet vivant entre mes doigts devrait paraître à mon retour. Oh yes!

C'est ce qui conclut mon billet de la semaine.

Je termine toutefois avec un résumé de mon état question de vous rassurer.

  • La santé, la digestion et le sommeil vont bien. Yel kabeye (y'a pas de problème)
  • Je me sens chez moi à la maison. Ma famille prend bien soin de moi, ma chambre est grande et relativement fraîche. Ah oui, je fais partie des chanceuses qui a sa douche et sa toilette, même. Dieu est grand !
  • Le groupe est vraiment un bon pilier. On s'entend toutes très bien et le climat est bon. On est capables de s'auto-gérer et on rit beaucoup.
  • Je ne m'ennuie pas du Québec. Je pense à vous, mais je ne pleure pas ma vie le soir.
  • Le Burkina sent bon.

Voilà! Bilfou (à bientôt).

mercredi 26 janvier 2011

La peur.

Tiens, d'emblée, des citations de Nicolas Bouvier. Parce qu'elles sont inspirantes, vraies, et qu'elles prennent tout leur sens à quelques heures de mon premier voyage. Aussi parce que je n'ai plus de mots, mon sang n'est qu'émotion. J'aurais aimé écrire cela. Mais j'ai mieux encore, je vais le vivre. Avec 9 filles extraordinaires, en plus.

"On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels." - Le Poisson Scorpion

"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas a prouver qu'il se suffit à lui-meme. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt, c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait." - L'Usage du monde

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs." - L'Usage du monde

***

Et les filles, je ne vous les ai pas présentées!

Il y a Anabelle, l'accompagnatrice. Une belle grande blonde qui chante la vie, qui danse la vie, qui n'est qu'amour. C'est notre pilier, notre épaule, notre punching bag au besoin. Sa franchise et son humanité font d'elle une femme rayonnante.

Il y a Manue, la vieille branche. Elle a de grosses jambes, elle est solide dans la vie. Y'a pas à dire, elle est "groundée". Et elle sait nous grounder avec sa sagesse et ses conseils... son humour, surtout. Jongleuse à ses heures, c'est la doyenne du groupe, mais dont le coeur ne vieillit pas.

Il y a Émilie, une autre belle grande blonde qui sourit à la vie. Organisée, généreuse, tout est toujours "top shape" auprès d'elle. Ses yeux vifs, complices, inspirent la joie. Son intelligence me rassure. Elle a l'Afrique au coeur depuis qu'elle est toute jeune, elle réalise son rêve dans quelques heures. Elle le mérite tellement.

Il y a Val Pi, l'écolo, la rieuse. Val Pi, mon homologue si on peut dire, elle rit fort, elle rit franc, elle rit tout le temps. Elle nous fait rire. Elle est forte et travaillante, elle fonce dans la vie sans hésiter. Elle a l'environnement et le plein air à coeur, autant que le plaisir. Elle est à l'écoute et inspire confiance. C'est un roc dans la tempête.

Il y a Marilyn, notre petit ours adorable. Mignonne, attachante, on a juste le goût de prendre ses joues et de les pincer en riant. C'est ma partenaire de vol Bagotville-Montréal et je me sens choyée de l'avoir près de moi. Elle est relax, rigolote et tellement rafraîchissante. Ah oui, c'est une fille de St-Gédéon, en plus.

Il y a Jessica, la femme du monde. La battante, la militante, celle qui croit en la vie, celle qui marche droit vers ses rêves. Elle adore les enfants et les enfants l'adorent, évidemment. Dynamique, cultivée, curieuse, j'admire son oeil fixe, sa tête haute.

Il y a Marie-Ève, la merveilleuse, le rayon de soleil. Celle-là, c'est mon amie depuis un petit bout déjà. Quelle chance de partager cette aventure avec elle, avec ses grands yeux émerveillés et ses milliers de questions! Je suis heureuse qu'elle se soit embarquée avec moi dans ce grand périple. Je suis encore plus heureuse de la voir aussi vivante, électrisante. Théâtrale jusqu'au bout des orteils, voyager avec merveilleuse, c'est un jeu. Et un jeu l'fun, hourra, youppi!

Il y a Camille, la "slacker", la zen, la simple. C'est une eau calme, une brise fraîche, un baume sur nos angoisses et excitations. Elle aime que ce soit simple, en fait, avec elle, c'est TOUJOURS simple. "Pourquoi ça devrait être compliqué?", elle dit parfois. Wow. Ça m'impressionne, cette force tranquille, cette façon silencieuse de tout régler. Autonome, débrouillarde, c'est une fille discrète et profonde qu'on se plaît à découvrir.

Il y a Charlotte, la gourmande, l'indépendante, la courageuse. Charlotte, elle donne sans compter, elle aime inconditionnellement, elle écoute, elle apprivoise. C'est un petit corps qui déborde d'affection et d'espoir, des yeux brillants qui regardent haut vers la vie. C'est du bonheur à profusion.

Il y a moi, finalement. Avec toutes mes craintes, mes doutes, ma vulnérabilité.
Il y a moi qui ne sais pas trop pourquoi, qui ne sais pas trop tout court, mais qui grandis déjà.
Il y a moi entourée de ces elles, il y a moi qui fais confiance.

Il y aura moi dans 3 mois. J'ai bien hâte.

Je fonce. J'ai peur, j'ai hâte, mais j'y vais. Entièrement.

Maman me disait souvent que j'étais quelqu'un d'entière. Les fractions, ça ne me connaît pas. Les décimales non plus. Alors je plongerai les yeux fermés et sans retenue.

Une journée de moins à Ouagadougou.

Salut groupe!

Juste un petit message pour avertir que suite à des problèmes de vol, notre avion a dû faire demi-tour. Je me trouve donc à l'hôtel jusqu'à 4h cet après-midi, puis reprends un vol Mtl-Paris à 19h45.

Arrivée à Ouaga prévue pour 17h45 demain. C'est à dire 12h45 heure du Québec.

J'ai hâte. Nous venons tout juste d'appeler Anabelle, notre accompagnatrice, et elle nous attend avec impatience.

Je ne connais pas la fréquence à laquelle je pourrai bloguer. Je me suis fixée comme objectif de vous mettre à jour une fois par semaine.

Je vous traîne avec moi, mais pas trop. Je dois bien profiter de mon Burkina Faso, et c'est la tête légère que je dois le faire.

Pensez à moi demain... quand je serai à la chaleur.

Valérie

lundi 24 janvier 2011

24 janvier 2011

Demain, c'est le grand jour, le grand départ, la concrétisation de la grande épopée qui se dessine à travers moi depuis quelques mois déjà.

Ça a commencé très vite. Je sirotais un café avec un ami au Temps perdu, lui expliquant mon désintérêt pour mon baccalauréat en création littéraire, mon désir de voyager, de me découvrir. Et ça y était: chercher "coopération internationale Québec" sur Google.

Le lendemain, assise dans ma classe à l'université, je vivotais entre mes notes Word et le site de Québec sans frontières (désolée maman, il m'arrive d'être indisciplinée). Je lisais TOUS les stages offerts et, juste avnt que la professeure annonce la pause, mon coeur s'est activé violemment dans ma cage thoracique. Manga, opération ville propre et en santé, offert par le CSI du Saguenay Lac-St-Jean. Un stage universel en environnement au Burkina Faso, en association avec Weog La Viim. Un voyage enrichissant où l'on fait des tournées dans les écoles et les marchés publics, où l'on travaille avec une troupe de théâtre locale, où l'on entreprend des corvées collectives. WOW! 10 semaines dans une famille burkinabé, en plus. Merci CSI, merci QSF, merci Weog, merci la vie!

Les élèves pullulaient, donc, vers la sortie, en prenant bien soin d'étendre leurs connaissances au passage. Je planais, entre plusieurs références pédantes d'auteurs classiques et quelques opinions bâclées sur le Roman de Renart. Pas de pause pour aujourd'hui. J'ai ouvert hotmail, j'ai écrit à mes merveilleux parents. Quelques minutes plus tard, je recevais approximativement:

"Salut cocotte,

Ça te ressemble beaucoup, ce stage. Si vraiment tu es intéressée,
commence tes démarches pour t'inscrire. J'en parle avec ton père ce
soir. Fonce, ma belle.
Maman"
L'aventure commençait. J'avais une portion d'Afrique entre les mains et je ne devais pas l'échapper. Le rêve devenait réalité.

De fil en aiguille, paperasse après paperasse, ma poigne se raidissait. Mon Burkina reposait au creux de ma paume et je le touchais presque. Le CSI m'a convoquée à l'entrevue de groupe, suivie d'une entrevue individuelle. Je suis partie en angoissant avec mon Chumidou à l'époque et me suis retrouvée devant le Centre avec 10 autres personnes. C'était absolument génial, enlevant, enivrant. Ça allait bon train... jusqu'à l'entrevue individuelle. La bouche sèche, les mains moites, j'articulais nerveusement des réponses qui me semblaiet absurdes. Les mots s'entrechoquaient sous la langue, la peur et l'espoir fasiant d emoi une bien piêtre interlocutrice. Finalement, je suis sortie du bureau en cachant mes larmes et j'ai couru dansles bras de ma tête frisée d'amoureux.

Je pleurais, je hurlais, je croyais qu j'avais tout gâché. Nous avons repassé le questions une à une; moi en braillant ma vie, lui en riant la sienne. Il s'esclaffait et j'enrageais. Il m'a pris tendremen la main en disant : "Tes réponses sont excellentes, ma chérie. C'est en plein toi qu'ils recherchent. Moi, j'suis sûr que t'as été parfaite!" Bin oui Chumidou, on dirait que t'avais raison. Merci d'avoir été là, c'était précieux.

[Bon, je dérape. Excusez ce long prélude. J'achève, inquiétez-vous pas!]

Ensuite se sont enchaînées les formations et les amitiés. Parce que je ne suis pas seule dans cette belle histoire. Quand on s'embarque as une telle aventure,la peur nous talonne, nous empoigne et l'impuissance paralyse nos membres. Mais quel soulagement, quel bonheur de traverser tout ça avec neuf merveilleuses femmes. C'est une richesse infinie que de les côtoyer. C'est un puits sans fonds de soutien et d'amour, une terre québécois sous le ciel d'Afrique. Avec elles, je me sens bien, je me sens forte.

Et voilà. DEMAIN.

J'y suis. Mon Burkina au bout des doigts. J'ai si hâte d'y toucher.

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Et tiens donc, en terminant. Merci à ma famille et mes amis. Merci à tous pour vos beaux messages d'encouragement, pour votre amour inconditionnel.

Je me sens toute petite à travers tout ça. 5 pieds de vulnérabilité. Mais vous me rendez grande, et je vous en remercie.

À bientôt! Je vous aime.

Valérie