Bon jeudi !
J'espère que tout se passe bien dans la chambre froide que doit être le Québec. De mon côté, je vais bien, très bien, extrêmement bien. C'est déjà la mi-stage à Ouagadougou en fin de semaine. Surprenant comme les jours s'écoulent, s'écroulent sous les découvertes.
Aujourd'hui, pas de philosophie, pas d'anecdotes d'homme armé ni de sacrifices d'animaux. Seulement des nouvelles de ma petite personne, de mon chez-moi burkinabé et du stage en général.
L'adaptation se fait merveilleusement bien. L'évolution suit un cours normal, entrecoupé de minis chocs culturels et d'estomacs ébranlés. Mais le moral est bon, étampé dans nos sourires béats. La routine est installée depuis un petit bout déjà. Le trou, la douche, le riz sauce, le coq à 5h du matin, la chaleur, le mooré, les salutations qui n'en finissent plus, la poussière, les demandes en mariage, le lavage à la main, on a su apprivoiser la plupart des mœurs africaines. On a encore du chemin à faire, des kilomètres à transpirer, mais je dois avouer que nous nous débrouillons comme des grandes.
Ma famille burkinabé est aussi géniale que ce que j'avais imaginé. Mon père bedonnant est un heureux mélange entre mon vrai papa et mon oncle C. (je tairai son nom, puisque je n'ai pas son autorisation pour publier ceci). Il écoute le football (soccer) en pestant contre les mauvais coups de ballon. Les matchs de foot, c'est l'équivalent du hockey au Québec. En mieux, en fait, pour la simple et unique raison que je n'aime pas le hockey. Je deviens par contre une addict du soccer. Faut dire que les joueurs sont pas choquants pour les yeux... Mais c'est le jeu qui m'intéresse, je le jure. Je m'éloigne. Mon père, je disais. Il a 66 ans, retraité, en forme, sociable à l'excès. Il aime bien "boire la bière" pour se détendre. J'adore quand, de sa voix forte et grave, il appelle "Ma fille, tu vas goûter?", en me tendant un plat de tô bouilli. "Oui papa, je vais goûter. Mais pas manger beaucoup, mon ventre de nassara est fragile."
Ma mère est typiquement africaine, habillée de pagnes colorés, réconfortante, discrète. Sous ses allures timides, elle est d'affaires et obstinée. Elle est la définition même du Burkina: intégrité et respect. Elle me souhaite "Bonne arrivée!" dès que j'entre dans la cour et répond gentiment à toutes mes questions. Elle m'a conseillé son couturier, le meilleur de Manga, et une coiffeuse extraordinaire.
Parenthèse pour le couturier. J'ai fait coudre mes pagnes en habits traditionnels, hourra! Fin de la parenthèse.
Outre les parents, Marcelin a en fin de compte beaucoup d'initiative. Il m'a accompagnée au Majesty une fois et il a dansé longtemps. Depuis, il me pose des questions sur ce qu'il voit dans ses cours, il m'explique le football, il écoute Pokémon avec moi le midi. (Bin oui, j'écoute Pokémon en Afrique. Où s'en va la télévision?)
Alice est une perle rare. Travaillante, souriante, douce, affectueuse, elle a une personnalité adorable. Elle a du caractère aussi, ne vous méprenez pas. Quand je vais au marché avec elle, elle me défend en mooré contre "les idiots qui devraient manger leur bouche au lieu de parler". Elle est magnifique, belle comme ça s'écrit pas. Je l'admire énormément. Jamais je n'arriverais à faire son travail en demeurant aussi charmante, égayante. Alice est une perle rare, une petite sœur dont j'ai envie de prendre soin.
Finalement, il y a mon chien Patience. Il me suit quand je sors pour faire son territoire sur toutes les pousses du quartier. S'il croise un autre chien, il gronde avec arrogance entre mes jambes ou attaque carrément son adversaire. Et moi je panique, haha.
C'est à peu près ça pour la famille, bien que grossier.
Le travail se déroule bien aussi. Nos activités sont planifiées et débuteront le 3 mars pour se terminer le 30. On fera du théâtre forum, des causeries (ou focus group), une émission de radio, des tournées scolaires, une journée porte ouverte ainsi qu'une journée de la salubrité. Au fait, ceux qui ne sont pas au courant, le stage est en environnement et consiste à sensibiliser les Mangalais sur l'importance d'un environnement sain. Précisément, nous avons décidé d'axer notre campagne sur la diminution de "sachets", c'est-à-dire les sacs de plastique. Nous essayerons de conscientiser la communauté sur l'utilisation responsable de ceux-ci, soit par la récupération, la gestion de déchets ou l'utilisation de sacs réutilisables pour faire le marché. On a du pain sur la planche!
Kassoum, l'homologue de notre accompagnatrice, donc notre accompagnateur burkinabé, est un délice. Il s'est auto-baptisé "Kassoum Tremblay" et fait semblant de venir du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une chance qu'on l'a, notre Kassoum.
Ma santé est bonne. Aucun problème de digestion, de sommeil, de nausées ou quoi que ce soit. Outre des crampes dues à mes pilules de "planification familiale", comme on dit ici, tout est top shape! J'ai donc arrêté mes pilules. Depuis, mon corps et moi, on s'aime au boutte!
Ah oui, un fait important à vous mentionner! Nous avons décidé de ne plus travailler en soirée (de 15h à 17h30). A la place, on vit le Burkina. On visite, on chille, on s'invite l'une chez l'autre, on joue, on se loue des films Bollywood, on cuisine, etc. C'était sans aucun doute la meilleure idée qu'on a eue. Depuis, j'ai l'impression de m'être approprié Manga. Je me rends au marché toute seule, je salue les gens en vélo. Je suis ici chez moi. Je me sens libre et bien.
Voilà pour les nouvelles globales. Sinon, je vous annonce que j'ai gagné un bon 5 livres en cheveux hier. Je me suis fait tressée chez la filleule de maman. Mes nattes ressemblent exactement à ça: http://bit.ly/hToDiJ
Je vous raconterai à mon retour mon expérience de tressage. C'est un de mes plus beaux moments jusqu'à maintenant.
Une petite pensée pour vous, mais pas trop forte... je vis l'Afrique et j'en profite, quand même!
Kawara xox
10 semaines de coopération internationale au pays des hommes intègres. 10 filles prêtes pour l'aventure.70 jours d'anecdotes, de récits, d'apprentissages et d'échanges. 70 angoisses, 70 bonheurs.2 mois et demi de dépaysement. 2 peuples, 2 cultures.Et un rêve qui éclot au fond de mon coeur...
jeudi 24 février 2011
jeudi 17 février 2011
Minorité visible.
Salut les troupes!
J'ai pensé à vous lundi dernier quand les écoles du Québec fermaient à cause des tempêtes de neige. Ici, on se chauffe la couenne en masse. Mais comme on se crème avec de la 70 pour éviter de cramer, mon teint de nassara demeure blanc comme neige.
C'est particulier de circuler dans les rues de Manga en tant qu'attraction. J'avais jamais remarqué à quel point j'étais blanche. Pas beige, ni olive, ni même légèrement basanée. Je suis blanche et occidentale, industrialisée jusque sous les ongles.
Blanche sur fond noir. On flashe presque sous les néons du Majesty, la discothèque du coin.
Blanche et blanche encore.
Et les gens nous le crient, comme si c'était pas assez visible. Au même titre que la dame de la cafétéria du Juvénat disait "fille, 2 napkins." Parce que cette femme possède la même perspicacité que tous ces gentils Noirs.
Je suis une fille, oui. Blanche par-dessus le marché.
J'admire les burkinabés pour cette franchise, cette vérité loin du politically correct. Les personnes âgées sont appelées vieux. Nous sommes affectueusement appelées blanches. Un chien est appelé un chien. Mieux encore, un chien vit comme un chien. Il mange les os des poulets, il ne se fera jamais toiletter ou bien habiller. Les vautours sont surnommés charognards parce que, bon sang, ce sont des charognards.
C'est une des choses que je retiens de l'Afrique. C'est un détail futile, je sais, mais j'aime qu'on nomme les choses comme elles sont.
Je réalise que les vrais mots font peur.
On entend parfois dire ici que les blancs sont riches. Pfff! Et on s'insurge, et on s'ulcère, et on s'exprime l'indignation en tant que bons étudiants qui mangent du kraft dinner. On explique notre propre réalité, le fait que ce stage nous a toutes coûté un montant fort considérable et qu'on a travaillé dur pour amasser cette somme.
Et pourtant. Tout est relatif dans ce monde. Les blancs sont riches. C'est vrai. Pas tous, mais quand même...
Au Québec, on urine dans l'eau potable, c'est tout dire. On possède une régie des matières résiduelles qui gère nos déchets. On a la possibilité de s'acheter des plats surgelés déjà préparés. On a l'assurance-maladie et un système d'éducation accessible à tous.
Je réalise mal la chance que j'ai, décidément.
Je suis riche sur énormément d'aspects, il faut me l'avouer. Je suis occidentale et gâtée par la vie. Dur constat qui ne s'arrête pas là.
C'est dans la facilité et le confort que l'âme s'amollit, que les rêves se paralysent, que la beauté perd son charme.
Je réalise peut-être mal la chance que j'ai, mais je réalise aussi qu'il n'en tient qu'à moi pour aller au-delà de cette chance. Pour me définir autrement. Pour être plus qu'une femme blanche occidentalisée.
***
Eh bien, ma caboche se sentait philosophe. Ce doit être l'université qui m'appelle au loin.
Appel à tous, j'étudie en quoi l'an prochain?
Les copines m'ont dit qu'elles me voyaient en journalisme ou en communications.
Parce que là, c'est bin beau grandir de l'intérieur et me faire aller l'épanouissement personnel, mais j'ai des études à reprendre bientôt.
Je pense à vous!
Kawara
P.S. J'exige un sac de fromage en grains et un verre de jus Tropicana à mon retour.
J'ai pensé à vous lundi dernier quand les écoles du Québec fermaient à cause des tempêtes de neige. Ici, on se chauffe la couenne en masse. Mais comme on se crème avec de la 70 pour éviter de cramer, mon teint de nassara demeure blanc comme neige.
C'est particulier de circuler dans les rues de Manga en tant qu'attraction. J'avais jamais remarqué à quel point j'étais blanche. Pas beige, ni olive, ni même légèrement basanée. Je suis blanche et occidentale, industrialisée jusque sous les ongles.
Blanche sur fond noir. On flashe presque sous les néons du Majesty, la discothèque du coin.
Blanche et blanche encore.
Et les gens nous le crient, comme si c'était pas assez visible. Au même titre que la dame de la cafétéria du Juvénat disait "fille, 2 napkins." Parce que cette femme possède la même perspicacité que tous ces gentils Noirs.
Je suis une fille, oui. Blanche par-dessus le marché.
J'admire les burkinabés pour cette franchise, cette vérité loin du politically correct. Les personnes âgées sont appelées vieux. Nous sommes affectueusement appelées blanches. Un chien est appelé un chien. Mieux encore, un chien vit comme un chien. Il mange les os des poulets, il ne se fera jamais toiletter ou bien habiller. Les vautours sont surnommés charognards parce que, bon sang, ce sont des charognards.
C'est une des choses que je retiens de l'Afrique. C'est un détail futile, je sais, mais j'aime qu'on nomme les choses comme elles sont.
Je réalise que les vrais mots font peur.
On entend parfois dire ici que les blancs sont riches. Pfff! Et on s'insurge, et on s'ulcère, et on s'exprime l'indignation en tant que bons étudiants qui mangent du kraft dinner. On explique notre propre réalité, le fait que ce stage nous a toutes coûté un montant fort considérable et qu'on a travaillé dur pour amasser cette somme.
Et pourtant. Tout est relatif dans ce monde. Les blancs sont riches. C'est vrai. Pas tous, mais quand même...
Au Québec, on urine dans l'eau potable, c'est tout dire. On possède une régie des matières résiduelles qui gère nos déchets. On a la possibilité de s'acheter des plats surgelés déjà préparés. On a l'assurance-maladie et un système d'éducation accessible à tous.
Je réalise mal la chance que j'ai, décidément.
Je suis riche sur énormément d'aspects, il faut me l'avouer. Je suis occidentale et gâtée par la vie. Dur constat qui ne s'arrête pas là.
C'est dans la facilité et le confort que l'âme s'amollit, que les rêves se paralysent, que la beauté perd son charme.
Je réalise peut-être mal la chance que j'ai, mais je réalise aussi qu'il n'en tient qu'à moi pour aller au-delà de cette chance. Pour me définir autrement. Pour être plus qu'une femme blanche occidentalisée.
***
Eh bien, ma caboche se sentait philosophe. Ce doit être l'université qui m'appelle au loin.
Appel à tous, j'étudie en quoi l'an prochain?
Les copines m'ont dit qu'elles me voyaient en journalisme ou en communications.
Parce que là, c'est bin beau grandir de l'intérieur et me faire aller l'épanouissement personnel, mais j'ai des études à reprendre bientôt.
Je pense à vous!
Kawara
P.S. J'exige un sac de fromage en grains et un verre de jus Tropicana à mon retour.
lundi 14 février 2011
Bonne Saint-Valentin !
J'écoute le iPod de la belle Manue en tapant fort sur le clavier du Cyber.
"Please tell my brother" d'Ariane Moffatt cogne dans mon crâne. Un bon goût d'Occident en ce 14 février solitaire. Les visages se bousculent dans mon esprit. J'aurais tant à vous partager. Je vous traîne au creux de ma paume, m'efforce de tout me rappeler pour vous raconter, pour vous faire vivre le Burkina à travers moi.
L'Afrique se dessine peu à peu dans mes veines. Les anecdotes s'amoncellent, la confiance se décuple.
J'ai l'impression d'être quelqu'un. De bien, même. Merci la vie.
Bon, assez parlé de moi. Samedi, on a joué les touristes! Je vais faire ça bref, le temps est compté.
Lever à 5h. Une souris me marche sur les pieds. Coquine, va. Les margouillats parcourent le plafond, l'air est frais. Vers 6h, on se rejoint toutes, direction le Pic du Naouri. La route, un espèce de terreau rouge tout de bosses vêtu, passe vite, trop vite, sous les baobabs. On freine sec et souvent. C'est que, voyez-vous, les traverses de chèvres, de pintades, de cochons et de boeufs font légion ici. Sans parler des cyclistes et des piétons que le véhicule semble presque frôler. Je me tiens serrée sur mon siège et ravale mes principes de courtoisie routière, enfile mes écouteurs et profite du paysage africain. Je papote avec Emilie quand tout à coup, le chauffeur entreprend d'embarquer un pouceux... Je m'étire le cou pour voir ce qui se passe et aperçoit un militaire, tout de mitraillette vêtu, prendre place au premier banc.
Bin coudonc. Je ravale mes principes de non-violence, lui souris chaleureusement. "On est bien protégés maintenant!", nous lance Kassoum, notre accompagnateur burkinabé. On rit. La vie est belle. Même avec une mitraillette, on dirait bien.
On le débarque à un endroit "x" et continue la route. On arrive enfin au Naouri. Evidemment, avant d'entreprendre l'ascension du pic, il faut rencontrer le chef. On espère toutes recevoir un coq de sa part, une brebis au moins, mais il préfère la discrétion et nous demande 5000 francs pour un sacrifice. Cette somme lui permettra de sacrifier une bête quelconque afin de nous assurer une montée agréable et sans danger. Malheureusement, la cérémonie se fera sans nous. Dommage, j'aurais voulu jeter un oeil à tout ça.
***
Merde, mon temps achève déjà. La suite de l'histoire à mon retour seulement. J'ai décidé de vous concocter un article par jour de stage lorsque je serai au Québec. Z'êtes contents?
Sinon, ma Saint-Valentin est tranquille. Un petit garçon mignon me crie Nassara en me faisant des "babye". Et moi, je m'attendris le dedans, m'épanouis le coeur et me cultive le bonheur.
Ce soir, je regarde le ciel différemment. La lune forme un sourire. Les étoiles scintillent et rayonnent sur ma mine épuisée.
Je voulais un souper aux chandelles. Un tête-à-tête avec l'Afrique, c'est bien mieux!
Kawara (mon nom burkinabé qui signifie femme éveillée, femme vive et vivante)
"Please tell my brother" d'Ariane Moffatt cogne dans mon crâne. Un bon goût d'Occident en ce 14 février solitaire. Les visages se bousculent dans mon esprit. J'aurais tant à vous partager. Je vous traîne au creux de ma paume, m'efforce de tout me rappeler pour vous raconter, pour vous faire vivre le Burkina à travers moi.
L'Afrique se dessine peu à peu dans mes veines. Les anecdotes s'amoncellent, la confiance se décuple.
J'ai l'impression d'être quelqu'un. De bien, même. Merci la vie.
Bon, assez parlé de moi. Samedi, on a joué les touristes! Je vais faire ça bref, le temps est compté.
Lever à 5h. Une souris me marche sur les pieds. Coquine, va. Les margouillats parcourent le plafond, l'air est frais. Vers 6h, on se rejoint toutes, direction le Pic du Naouri. La route, un espèce de terreau rouge tout de bosses vêtu, passe vite, trop vite, sous les baobabs. On freine sec et souvent. C'est que, voyez-vous, les traverses de chèvres, de pintades, de cochons et de boeufs font légion ici. Sans parler des cyclistes et des piétons que le véhicule semble presque frôler. Je me tiens serrée sur mon siège et ravale mes principes de courtoisie routière, enfile mes écouteurs et profite du paysage africain. Je papote avec Emilie quand tout à coup, le chauffeur entreprend d'embarquer un pouceux... Je m'étire le cou pour voir ce qui se passe et aperçoit un militaire, tout de mitraillette vêtu, prendre place au premier banc.
Bin coudonc. Je ravale mes principes de non-violence, lui souris chaleureusement. "On est bien protégés maintenant!", nous lance Kassoum, notre accompagnateur burkinabé. On rit. La vie est belle. Même avec une mitraillette, on dirait bien.
On le débarque à un endroit "x" et continue la route. On arrive enfin au Naouri. Evidemment, avant d'entreprendre l'ascension du pic, il faut rencontrer le chef. On espère toutes recevoir un coq de sa part, une brebis au moins, mais il préfère la discrétion et nous demande 5000 francs pour un sacrifice. Cette somme lui permettra de sacrifier une bête quelconque afin de nous assurer une montée agréable et sans danger. Malheureusement, la cérémonie se fera sans nous. Dommage, j'aurais voulu jeter un oeil à tout ça.
***
Merde, mon temps achève déjà. La suite de l'histoire à mon retour seulement. J'ai décidé de vous concocter un article par jour de stage lorsque je serai au Québec. Z'êtes contents?
Sinon, ma Saint-Valentin est tranquille. Un petit garçon mignon me crie Nassara en me faisant des "babye". Et moi, je m'attendris le dedans, m'épanouis le coeur et me cultive le bonheur.
Ce soir, je regarde le ciel différemment. La lune forme un sourire. Les étoiles scintillent et rayonnent sur ma mine épuisée.
Je voulais un souper aux chandelles. Un tête-à-tête avec l'Afrique, c'est bien mieux!
Kawara (mon nom burkinabé qui signifie femme éveillée, femme vive et vivante)
jeudi 10 février 2011
Pèlerinage
Salut les copains hivernaux! Ici, on sue, on s'amuse et on savoure.
Je cherchais une idée d'article à vous écrire, mais il y a tellement de petites anecdotes ci et là que j'ai peine à trouver un thème qui les réunit toutes. J'hésite entre parler de la vie de groupe ou de la vie en famille, du stage comme tel, du travail ou des alentours.
Je sais que Manue en parle déjà dans son blogue, mais comment ne pas vous faire part du pèlerinage auquel nous avons toutes assité dimanche dernier. Voici, live from un cyber café tacheté d'internautes noirs et blancs, un bref aperçu de cet évènement dominical.
Je me suis rendue à Tempelra (colline blanche, le lieu de pèlerinage) en moto avec papa. Les cuisses bien enserrées autour du siège, je regarde les baobabs défiler sur la route, leurs branches immenses et leur écorce sage dans ce pays désertique. La poussière frappe sur mon casque, mes vêtements deviennent rouges peu à peu. Et le vent siffle fort. Il siffle la vie, il siffle la foi. Les chants religieux percent le matériau dur sur ma tête et pénètrent mes oreilles. Dieu est grand, au Burkina. Dieu chante fort. Dieu, c'est une mélodie fredonnée, une bouche qui sourit. Loin de moi l'idée de prendre position devant la religion ou quoique ce soit. Je décris, simplement, l'atmosphère qui régnait en ce jour sacré.
Arrivés à la colline blanche, les pèlerins abondent. Près de 5000 environ. Certains sont partis à 3h AM pour marcher jusqu'au site, d'autres ont fait la route de Pô. Un spectacle de pagnes ambulants, de couleurs enivrantes s'ouvre devant mes yeux de Nassara. Les regards se tournent vers moi souvent: nous avons ici un pouvoir d'attraction incroyable. Les croyants sourient. Les discussions vont bon train: Ca va? Et la famille? Et la santé? Oui oui, tout va bien. Laafi bala!
En cherchant une place pour nous asseoir, j'aperçois d'autres stagiaires au loin. Facile de les dénicher, les têtes blanches! Papa me permet de siéger avec elles pour le pèlerinage, m'assurant qu'il viendra me chercher avant de repartir.
La messe commence à 8h. Se termine à 13h. Tout le monde récite les bonnes paroles, jusqu'au petits enfants emmitouflés de leurs pagnes "Priez la Sainte Vierge." Un burkinabé un peu hipster (il avait des lunettes pas d'fond, c'était rigolo) se tient devant nous et nous observe du coin de l'oeil. Il rit de bon coeur à nous voir balbutier les chants mooré, nous trouvant nous-mêmes emportées par l'euphorie de cette fête. Au loin, j'apprivoise du regard une fillette d'environ 7 ans. Ses yeux s'illuminent lorsque j'ose finalement la saluer. Elle se cache le visage, rigole un peu, puis entreprend de me sourire à son tour. C'est mon coup de coeur, cette petite étoile dans la foule.
La messe est entraînante. Les chants et les danses s'alternent, le tout avec une musique de fond plutôt drôle. Bin oui, si mon frère avait été là, il aurait bien ri. L'orgue faisait des siennes entre les diverses tonalités. Mais la magie demeure malgré les feedback de micro et les fausses notes de l'orchestre.
J'en aurais pour si longtemps, mais mon heure sur l'ordinateur achève déjà. J'en ai tellement à dire sur ce pèlerinage. J'ai beau écrire, il m'est impossible de recréer ce sentiment de vie, de joie et ce lien si fort qui unissait tous les pèlerins.
J'ai versé des larmes silencieuses tout au long de la journée.
Ici, les gens se serrent la main en riant, en se souhaitant "Bonne fête!" après la célébration. Ici, les ethnies s'unissent et s'élèvent vers la reconnaissance en Dieu et en la vie.
Ici, les gens espèrent.
Chez nous aussi, mais différemment.
Ici, les gens espèrent ensemble.
Et le vent siffle la vie.
Je cherchais une idée d'article à vous écrire, mais il y a tellement de petites anecdotes ci et là que j'ai peine à trouver un thème qui les réunit toutes. J'hésite entre parler de la vie de groupe ou de la vie en famille, du stage comme tel, du travail ou des alentours.
Je sais que Manue en parle déjà dans son blogue, mais comment ne pas vous faire part du pèlerinage auquel nous avons toutes assité dimanche dernier. Voici, live from un cyber café tacheté d'internautes noirs et blancs, un bref aperçu de cet évènement dominical.
Je me suis rendue à Tempelra (colline blanche, le lieu de pèlerinage) en moto avec papa. Les cuisses bien enserrées autour du siège, je regarde les baobabs défiler sur la route, leurs branches immenses et leur écorce sage dans ce pays désertique. La poussière frappe sur mon casque, mes vêtements deviennent rouges peu à peu. Et le vent siffle fort. Il siffle la vie, il siffle la foi. Les chants religieux percent le matériau dur sur ma tête et pénètrent mes oreilles. Dieu est grand, au Burkina. Dieu chante fort. Dieu, c'est une mélodie fredonnée, une bouche qui sourit. Loin de moi l'idée de prendre position devant la religion ou quoique ce soit. Je décris, simplement, l'atmosphère qui régnait en ce jour sacré.
Arrivés à la colline blanche, les pèlerins abondent. Près de 5000 environ. Certains sont partis à 3h AM pour marcher jusqu'au site, d'autres ont fait la route de Pô. Un spectacle de pagnes ambulants, de couleurs enivrantes s'ouvre devant mes yeux de Nassara. Les regards se tournent vers moi souvent: nous avons ici un pouvoir d'attraction incroyable. Les croyants sourient. Les discussions vont bon train: Ca va? Et la famille? Et la santé? Oui oui, tout va bien. Laafi bala!
En cherchant une place pour nous asseoir, j'aperçois d'autres stagiaires au loin. Facile de les dénicher, les têtes blanches! Papa me permet de siéger avec elles pour le pèlerinage, m'assurant qu'il viendra me chercher avant de repartir.
La messe commence à 8h. Se termine à 13h. Tout le monde récite les bonnes paroles, jusqu'au petits enfants emmitouflés de leurs pagnes "Priez la Sainte Vierge." Un burkinabé un peu hipster (il avait des lunettes pas d'fond, c'était rigolo) se tient devant nous et nous observe du coin de l'oeil. Il rit de bon coeur à nous voir balbutier les chants mooré, nous trouvant nous-mêmes emportées par l'euphorie de cette fête. Au loin, j'apprivoise du regard une fillette d'environ 7 ans. Ses yeux s'illuminent lorsque j'ose finalement la saluer. Elle se cache le visage, rigole un peu, puis entreprend de me sourire à son tour. C'est mon coup de coeur, cette petite étoile dans la foule.
La messe est entraînante. Les chants et les danses s'alternent, le tout avec une musique de fond plutôt drôle. Bin oui, si mon frère avait été là, il aurait bien ri. L'orgue faisait des siennes entre les diverses tonalités. Mais la magie demeure malgré les feedback de micro et les fausses notes de l'orchestre.
J'en aurais pour si longtemps, mais mon heure sur l'ordinateur achève déjà. J'en ai tellement à dire sur ce pèlerinage. J'ai beau écrire, il m'est impossible de recréer ce sentiment de vie, de joie et ce lien si fort qui unissait tous les pèlerins.
J'ai versé des larmes silencieuses tout au long de la journée.
Ici, les gens se serrent la main en riant, en se souhaitant "Bonne fête!" après la célébration. Ici, les ethnies s'unissent et s'élèvent vers la reconnaissance en Dieu et en la vie.
Ici, les gens espèrent.
Chez nous aussi, mais différemment.
Ici, les gens espèrent ensemble.
Et le vent siffle la vie.
jeudi 3 février 2011
Nouvelles et volaille
Salut la gang!
D'abord, je tiens à vous dire que je n'ai pas pu aller voir mes e-mails ni mes messages facebook puisque Iternet n'a pas la même vitesse qu'au Canada.
Ne vous inquiétez pas pour moi: tout va bien au Burkina. Nous sommes arrivées à Manga depuis samedi. La ville est belle, les routes sont rouges et la poussière abonde dans mes iris. Heureusement, la chaleur et l'accueil des burkinabè suffisent à oublier le sable qui souffle sur ma peau de nassara (blanche en mooré).
C'est hallucinant à quel point les enfants et la population entièere est fascinée par l'arrivée de 10 Occidentales dans leur ville. Les jeunes nous suivent en courant, ils hurlent "nassara, nassara, nassara!", ils viennent nous serrer la main, leurs grands yeux curieux ouverts sur notre monde, sur le respect des différences. Décidément, ils ont beaucoup à nous apprendre, les p'tits noirots.
J'habite chez la famille Kabre. Ma maman africaine est une Gouroussi (une des ethnies du Burkina si j'ai bien compris). Elle peut sembler ti,ide à première vue, mais seule à seule, elle a de a jasette. Elle a déjà pris soin de m'entretenir sur les relations hommes-femmes! Hourra pour Maman burkinabé. Quant à mon père, c'est un bel homme ventru et amusant dont la bouche couronnée d'une divine moustache ne s'arrête pas. Il est propriétaire d'un maquis en plus (un bar). Il y a également Marcelin, mon frère de 17 ans. Il est en quatrième (secondaire 4), il se,ble studieux. Il est plutôt typiquement adolescent mâle, c'est-à-dire que ses réponses sont concises, mais il est de plus en plus réceptif à la discussion. J'ai hâte de l'apprivoiser et d'en savoir plus sur lui. Je devrais aller à la messe avec lui samedi soir. J'ai également une soeur, Alice. C'est la bonne à la maison et nous avons déjà pris l'habitude d'aller chercher le pain ensemble en soirée. Elle m'impressionne beaucoup avec sa force de caractère et son rire attachant. Je vais essayer de la sortir avec moi au Majesty (la discothèque) puisqu'elle aime danser et chanter. Finalement, j'ai un chien de 18 mois qui s'appelle Patience et quelques poules... Bin oui, je vaincs peu à peu ma peur des oiseaux.
Parlant d'oiseaux, c'est le thème de la journée pour mon blogue (lisez le titre, yo!). Fait intéressant, les routes sont parsemées de "charognards", soient des espèces de vautours qui picorent la nourriture. Ils n'attaquent pas les gens, mais je dois avouer qu'ils me font peur avec leurs becs acérés et leurs grosses plumes sales. Bon, je vais arrêter de faire ma nassara. Les vautours n'altèrent en rien la beauté de ce stage.
Pour en revenir au titre, je vous écris pour vous faire part d'une anecdote particulièrement savoureuse qui vient tout juste de se dérouler.
Nous étions en visite à Nobéré où se situe le siège de Weog La Viim, l'association avec laquelle on travaille. En passant sur la route, le chef du village nous a vues et tenait à rencontrer les nassara pour savoir ce qu'on allait faire dans son patelin. Nous nous retrouvons donc dans sa cour puor les salutations officielles qui étaient de mise et il nous apprend qu'il a une surprise pour nous. En guise de remerciement pour notre implication, il a offert au groupe de stagiaires... le plus jeune coq de son élevage. Eh oui, Anabelle s'est retrouvée avec un coq flamboyant, les deux pattes attachées pour ramener avec nous à Manga. Bien sûr, c'est un grand honneur que de recevoir un tel cadeau et nous en sommes très reconnaissants au village de Nobéré. Reste que le coq traîne dans la cour d'une stagiaire en attendant qu'on le déplume et le mange comme le veut la tradition.
En passant, la tradition veut aussi que ce soit la plus jeune du groupe qui tienne le coq dans ses mains... et c'est moi la plus jeune! Soyez fiers chers amis, une photo avec un poulet vivant entre mes doigts devrait paraître à mon retour. Oh yes!
C'est ce qui conclut mon billet de la semaine.
Je termine toutefois avec un résumé de mon état question de vous rassurer.
D'abord, je tiens à vous dire que je n'ai pas pu aller voir mes e-mails ni mes messages facebook puisque Iternet n'a pas la même vitesse qu'au Canada.
Ne vous inquiétez pas pour moi: tout va bien au Burkina. Nous sommes arrivées à Manga depuis samedi. La ville est belle, les routes sont rouges et la poussière abonde dans mes iris. Heureusement, la chaleur et l'accueil des burkinabè suffisent à oublier le sable qui souffle sur ma peau de nassara (blanche en mooré).
C'est hallucinant à quel point les enfants et la population entièere est fascinée par l'arrivée de 10 Occidentales dans leur ville. Les jeunes nous suivent en courant, ils hurlent "nassara, nassara, nassara!", ils viennent nous serrer la main, leurs grands yeux curieux ouverts sur notre monde, sur le respect des différences. Décidément, ils ont beaucoup à nous apprendre, les p'tits noirots.
J'habite chez la famille Kabre. Ma maman africaine est une Gouroussi (une des ethnies du Burkina si j'ai bien compris). Elle peut sembler ti,ide à première vue, mais seule à seule, elle a de a jasette. Elle a déjà pris soin de m'entretenir sur les relations hommes-femmes! Hourra pour Maman burkinabé. Quant à mon père, c'est un bel homme ventru et amusant dont la bouche couronnée d'une divine moustache ne s'arrête pas. Il est propriétaire d'un maquis en plus (un bar). Il y a également Marcelin, mon frère de 17 ans. Il est en quatrième (secondaire 4), il se,ble studieux. Il est plutôt typiquement adolescent mâle, c'est-à-dire que ses réponses sont concises, mais il est de plus en plus réceptif à la discussion. J'ai hâte de l'apprivoiser et d'en savoir plus sur lui. Je devrais aller à la messe avec lui samedi soir. J'ai également une soeur, Alice. C'est la bonne à la maison et nous avons déjà pris l'habitude d'aller chercher le pain ensemble en soirée. Elle m'impressionne beaucoup avec sa force de caractère et son rire attachant. Je vais essayer de la sortir avec moi au Majesty (la discothèque) puisqu'elle aime danser et chanter. Finalement, j'ai un chien de 18 mois qui s'appelle Patience et quelques poules... Bin oui, je vaincs peu à peu ma peur des oiseaux.
Parlant d'oiseaux, c'est le thème de la journée pour mon blogue (lisez le titre, yo!). Fait intéressant, les routes sont parsemées de "charognards", soient des espèces de vautours qui picorent la nourriture. Ils n'attaquent pas les gens, mais je dois avouer qu'ils me font peur avec leurs becs acérés et leurs grosses plumes sales. Bon, je vais arrêter de faire ma nassara. Les vautours n'altèrent en rien la beauté de ce stage.
Pour en revenir au titre, je vous écris pour vous faire part d'une anecdote particulièrement savoureuse qui vient tout juste de se dérouler.
Nous étions en visite à Nobéré où se situe le siège de Weog La Viim, l'association avec laquelle on travaille. En passant sur la route, le chef du village nous a vues et tenait à rencontrer les nassara pour savoir ce qu'on allait faire dans son patelin. Nous nous retrouvons donc dans sa cour puor les salutations officielles qui étaient de mise et il nous apprend qu'il a une surprise pour nous. En guise de remerciement pour notre implication, il a offert au groupe de stagiaires... le plus jeune coq de son élevage. Eh oui, Anabelle s'est retrouvée avec un coq flamboyant, les deux pattes attachées pour ramener avec nous à Manga. Bien sûr, c'est un grand honneur que de recevoir un tel cadeau et nous en sommes très reconnaissants au village de Nobéré. Reste que le coq traîne dans la cour d'une stagiaire en attendant qu'on le déplume et le mange comme le veut la tradition.
En passant, la tradition veut aussi que ce soit la plus jeune du groupe qui tienne le coq dans ses mains... et c'est moi la plus jeune! Soyez fiers chers amis, une photo avec un poulet vivant entre mes doigts devrait paraître à mon retour. Oh yes!
C'est ce qui conclut mon billet de la semaine.
Je termine toutefois avec un résumé de mon état question de vous rassurer.
- La santé, la digestion et le sommeil vont bien. Yel kabeye (y'a pas de problème)
- Je me sens chez moi à la maison. Ma famille prend bien soin de moi, ma chambre est grande et relativement fraîche. Ah oui, je fais partie des chanceuses qui a sa douche et sa toilette, même. Dieu est grand !
- Le groupe est vraiment un bon pilier. On s'entend toutes très bien et le climat est bon. On est capables de s'auto-gérer et on rit beaucoup.
- Je ne m'ennuie pas du Québec. Je pense à vous, mais je ne pleure pas ma vie le soir.
- Le Burkina sent bon.
Voilà! Bilfou (à bientôt).
Inscription à :
Articles (Atom)