10 semaines de coopération internationale au pays des hommes intègres. 10 filles prêtes pour l'aventure.
70 jours d'anecdotes, de récits, d'apprentissages et d'échanges. 70 angoisses, 70 bonheurs.
2 mois et demi de dépaysement. 2 peuples, 2 cultures.
Et un rêve qui éclot au fond de mon coeur...


jeudi 17 février 2011

Minorité visible.

Salut les troupes!

J'ai pensé à vous lundi dernier quand les écoles du Québec fermaient à cause des tempêtes de neige. Ici, on se chauffe la couenne en masse. Mais comme on se crème avec de la 70 pour éviter de cramer, mon teint de nassara demeure blanc comme neige.

C'est particulier de circuler dans les rues de Manga en tant qu'attraction. J'avais jamais remarqué à quel point j'étais blanche. Pas beige, ni olive, ni même légèrement basanée. Je suis blanche et occidentale, industrialisée jusque sous les ongles.

Blanche sur fond noir. On flashe presque sous les néons du Majesty, la discothèque du coin.

Blanche et blanche encore.

Et les gens nous le crient, comme si c'était pas assez visible. Au même titre que la dame de la cafétéria du Juvénat disait "fille, 2 napkins." Parce que cette femme possède la même perspicacité que tous ces gentils Noirs.

Je suis une fille, oui. Blanche par-dessus le marché.

J'admire les burkinabés pour cette franchise, cette vérité loin du politically correct. Les personnes âgées sont appelées vieux. Nous sommes affectueusement appelées blanches. Un chien est appelé un chien. Mieux encore, un chien vit comme un chien. Il mange les os des poulets, il ne se fera jamais toiletter ou bien habiller. Les vautours sont surnommés charognards parce que, bon sang, ce sont des charognards.

C'est une des choses que je retiens de l'Afrique. C'est un détail futile, je sais, mais j'aime qu'on nomme les choses comme elles sont.

Je réalise que les vrais mots font peur.

On entend parfois dire ici que les blancs sont riches. Pfff! Et on s'insurge, et on s'ulcère, et on s'exprime l'indignation en tant que bons étudiants qui mangent du kraft dinner. On explique notre propre réalité, le fait que ce stage nous a toutes coûté un montant fort considérable et qu'on a travaillé dur pour amasser cette somme.

Et pourtant. Tout est relatif dans ce monde. Les blancs sont riches. C'est vrai. Pas tous, mais quand même...

Au Québec, on urine dans l'eau potable, c'est tout dire. On possède une régie des matières résiduelles qui gère nos déchets. On a la possibilité de s'acheter des plats surgelés déjà préparés. On a l'assurance-maladie et un système d'éducation accessible à tous.

Je réalise mal la chance que j'ai, décidément.

Je suis riche sur énormément d'aspects, il faut me l'avouer. Je suis occidentale et gâtée par la vie. Dur constat qui ne s'arrête pas là.

C'est dans la facilité et le confort que l'âme s'amollit, que les rêves se paralysent, que la beauté perd son charme.

Je réalise peut-être mal la chance que j'ai, mais je réalise aussi qu'il n'en tient qu'à moi pour aller au-delà de cette chance. Pour me définir autrement. Pour être plus qu'une femme blanche occidentalisée.

***

Eh bien, ma caboche se sentait philosophe. Ce doit être l'université qui m'appelle au loin.

Appel à tous, j'étudie en quoi l'an prochain?

Les copines m'ont dit qu'elles me voyaient en journalisme ou en communications.

Parce que là, c'est bin beau grandir de l'intérieur et me faire aller l'épanouissement personnel, mais j'ai des études à reprendre bientôt.

Je pense à vous!

Kawara

P.S. J'exige un sac de fromage en grains et un verre de jus Tropicana à mon retour.

6 commentaires:

  1. Kawara

    Je te donne rendez-vous le 5 avril à l'aéroport. Tu me reconnaîtras facilement car j'aurai dans les mains un sac de fromage en grain et un jus d'orange Tropicana.

    Je t'aime xxx
    Ton géniteur

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  2. Thérèse Couture17 février 2011 à 11:25

    C'est agréable de constater par ta vision des choses comment les peuples peuvent avoir une image, je ne dirais pas fausse, mais peu réelle de ce qui se passe chez-nous.
    Ce sont des filles comme toi,qui peuvent peut- être changer un peu leur philosophie de notre monde.
    Tes Burkina apportent avec du soleil africain de la connaissance, sur ce pays, que nous connaissons bien mal, dans notre culture.
    Tes écrits sont de plus en plus beaux et agréables à lire,ça met de la joie de réaliser
    que tu as énormément de talents en toi, continue
    tes Burkina, qui prouvent que ton voyage sera fructueux.
    Pour terminer (Vive les femmes blanches....sans daigner les autres).

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  3. Dans cet article, je sens particulièrement le Burkina se faire une place dans ton âme. (Ici, j'ai failli écrire «soul» et faire une blague de K-Maro.) Ça fait réfléchir à bien des choses cette histoire de richesse. En Amérique du Nord, on compte notre fortune par ce qui a dans notre compte bancaire. Malheureusement, on oublie les ressources qui nous sont offertes et on ne les compte pas parmi notre richesse. (Tu m'philosophises le cerveau la chum!)

    À ton retour, en plus de t'acheter du Tropicana et du fromage «squik squik», je vais te gâter d'un tour de Wave pimpée, question de te dépayser complètement du Burkina. Watch out!

    Je t'aime Kawara! (Ça ressemble étrangement à Karkwa et ça me rappelle une certaine soirée (MAGIQUE) passée avec toi. :))

    Pogo qui commence à trouver que sa mayo est loin...

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  4. Kawara...

    Te souviens-tu quand nous avions accueilli Ibson et qu'il nous avait expliqué que chez lui, la richesse d'une personne se mesurait au nombre de personnes qu'il employait (chauffeur, cuisinière, bonne...) et au nombre de familles à qui il assurait ainsi une subsistance décente? Il avait été étonné de constater que chez nous, on ne mesure la richesse qu'en biens matériels. Ça m'avait fait réfléchir. Tes commentaires aujourd'hui ont le même effet. "Ici, on urine dans l'eau potable"...

    Et un petit message en passant: si toi, ma noiraude, tu es blanche, j'imagine l'effet qu'aurait Marie-Ève là-bas.

    Continue à te faire aller l'épanouissement personnel, ma grandie, et profite pleinement de ton voyage! Je t'aime!!!!

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  5. Bonjour ma belle Valérie,
    Ca me fait plaisir de te lire. En fait tes écrits confirment quelques déductions que ma vie de couple m'a aménée à faire au fil des ans. Il est vrai que les Africains se font bombarder d'images de "soap" américains et qu'il pensent que la vie de tous les blancs ressemble à celle de ces personnages hors du commun.
    Et tu as surement remarqué qu'en Afrique on ne prête pas (argent et autre), on donne. Mon amie qui a fait un stage dans le même pays disait que parfois, après un repas au resto, tout le monde partait et la laissait avec l'addition car elle devait être riche vu sa couleur... Que de frustrations on peut vivre à essayer de leur faire comprendre qu'au Québec, on a des dépenses aussi à commencer par l'électricité pour se chauffer l'hiver... Pas de soucis pour eux de ce coté!
    Je suis un peu déçue que tu aies refusé des demandes en mariage, ça aurait agrandit la famille à dolbeau ;) Au fait, la phrase qui ma le plus touchée est la même que celle de maman Louise... Bisous xxx

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  6. Je me rends compte que mon message n'a pas été enregistré avec mon nom donc je signe... au fait ou tu n'avait pas deviné... Madame Fanny ;)

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